Sécurité, désarmement, unité : Les annonces fortes du président de la République
Politique

Sécurité, désarmement, unité : Les annonces fortes du président de la République

Le président de la République, maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, s’est rendu à Igot, dans le Dar Tama, province du Wadi-Fira, après les récents affrontements meurtriers dans l’Est du pays. Sur place, il a salué l’action des forces de défense, pointé l’impact du conflit soudanais et annoncé des mesures fermes pour sécuriser les frontières, désarmer les civils et préserver l’unité nationale.

Depuis votre arrivée ici, vous vous rappelez que ce n’est pas la première fois que je me déplace. Lorsqu’il y a des événements malheureux, des pertes en vies humaines, je me rends toujours sur le terrain. Je suis allé à Abéché, au Guéra, à Kouribougoudi, ainsi qu’au Lac, notamment lorsque la nébuleuse Boko Haram a attaqué l’un de nos postes.

Dans tous ces déplacements, en tant que Président de la République, garant de la paix et de l’unité nationale, il est de mon devoir de venir constater les faits moi-même et de prendre des mesures pour éviter que cela ne se reproduise.

Cela pour vous dire que Igot n’est pas un cas isolé. Igot fait partie intégrante de notre territoire national. Une équipe ministérielle vous a précédés ici.

Pourquoi avez-vous décidé de faire le déplacement ? Est-ce que les membres du gouvernement ont failli à leur mission ?
Absolument pas. La délégation conduite par le Vice-Premier ministre, ainsi que les autorités civiles et militaires présentes, ont bien fait leur travail.

Je voudrais profiter de votre micro pour féliciter nos forces de défense et de sécurité, ainsi que les responsables civils, qui ont agi rapidement pour stopper ce massacre, notamment à Igot, mais aussi dans l’ensemble des provinces de l’Est.

Comme vous le savez, nous partageons environ 1 500 kilomètres de frontière avec le Soudan, couvrant quatre provinces : le Wadi Fira, le Ouaddaï, le Sila et l’Ennedi Est.

Les événements récents sont liés au conflit au Soudan. D’abord à cause de la circulation des armes : notre frontière est vaste et difficile à contrôler, ce qui facilite leur trafic. Ensuite, il y a l’implication des forces en conflit au Soudan, notamment l’armée régulière et les FSR, qui tentent d’étendre ce conflit.

Ce qui était au départ un conflit entre dirigeants s’est transformé en affrontements intercommunautaires. Certains cherchent délibérément à créer le chaos au Tchad, et cela, nous ne pouvons pas l’accepter.

Je connais bien cette zone, où des populations vivent de part et d’autre de la frontière. À plusieurs reprises, des acteurs soudanais ont instrumentalisé ces liens pour déstabiliser notre pays. Ce n’est ni la première fois, ni la dernière.

Si nous n’y prenons pas garde, ce conflit pourrait s’étendre au-delà d’Igot et menacer l’ensemble du territoire national.

Je suis donc venu, en complément du travail déjà accompli, pour donner des instructions fermes afin d’éviter toute escalade.

Après concertation avec le Vice-Premier ministre, les autorités administratives, les chefs traditionnels et les populations, nous avons pris plusieurs mesures : renforcer la surveillance des frontières, désarmer les civils, et promouvoir l’unité et le vivre-ensemble.

Malheureusement, les manipulations liées au conflit soudanais, amplifiées parfois par les réseaux sociaux, attisent les tensions entre Tchadiens.

J’ai donc donné des instructions fermes aux chefs traditionnels des provinces concernées. En tant qu’auxiliaires de l’administration, ils doivent pleinement assumer leurs responsabilités en matière de prévention et de sensibilisation. Chacun doit prendre ses responsabilités : soit il les assume, soit il se retire, soit il sera remplacé.

Avez-vous un message pour les populations vivant le long des frontières ?
Nous sommes avant tout une nation. Cette terre appartient à tous les Tchadiens. Nous ne devons pas nous impliquer dans les conflits de nos voisins.

Quand nous avons des problèmes, les populations de l’autre côté ne s’en mêlent pas. C’est une question de patriotisme. L’amour du pays doit être sincère et profond.

J’appelle nos compatriotes à ne pas se laisser manipuler, ni de l’extérieur, ni de l’intérieur. Certains diffusent des messages de haine sur les réseaux sociaux, ce qui alimente les conflits et cause des victimes innocentes.

Si nous voulons bâtir un Tchad uni, en paix et en développement, nous devons changer ces comportements. Il ne peut y avoir de développement sans stabilité.

À ceux qui trahissent leur pays pour des intérêts personnels, je dis qu’ils font fausse route et devront répondre de leurs actes.

La crise libyenne après la chute de Kadhafi a eu des conséquences graves sur la sécurité dans le Sahel, notamment avec la prolifération des armes.

Dès le début de la transition, nous avons mis en place une commission de désarmement qui a permis de récupérer entre 15 000 et 16 000 armes.

Avec le conflit au Soudan, nous avons renforcé ces efforts, notamment le long de la frontière, et lancé une nouvelle opération de désarmement des civils. Tant que les armes circuleront, les conflits persisteront.

Quel message le Tchad adresse-t-il concernant la crise soudanaise ?
Dès le départ, nous avons tenté une médiation entre les parties soudanaises, mais sans succès. Aujourd’hui, le Tchad accueille environ deux millions de réfugiés.

Je lance un appel aux protagonistes, ainsi qu’aux Nations Unies et à l’Union africaine : il faut mettre fin à cette guerre. Seul le dialogue peut apporter une solution.

La communauté internationale doit également soutenir les réfugiés, dont une grande partie se trouve au Tchad. Malgré des moyens limités, nous faisons face, avec la solidarité de notre population, que je tiens à saluer.

Quel message pour les pays du Sahel et la communauté internationale ?
Depuis des années, les décisions extérieures ont des conséquences lourdes sur nos pays. La chute de Kadhafi a déstabilisé toute la région.

Aujourd’hui encore, les crises se multiplient, alimentées par des ingérences et des conflits internes.

Après plus de 60 ans d’indépendance, il est temps pour les Africains de tirer les leçons de l’histoire et de refuser toute manipulation. Nous avons nos propres valeurs, nos cultures et nos institutions.

Pourquoi prenez-vous des risques en vous rendant dans ces zones ?
Un chef doit être sur le terrain. J’ai confiance en mes collaborateurs, mais la confiance n’exclut pas le contrôle.

Merci de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer. Je remercie également les médias pour leur travail d’information.

Je reste convaincu que les mesures prises permettront d’améliorer la situation, avec l’aide de Dieu.

Interview réalisée par la DGCOM

Leave feedback about this