La multiplication des pages Facebook qui se présentent comme des médias, sans disposer d’une reconnaissance officielle, pousse la Haute Autorité de l’Audiovisuel et des Médias (HAMA) à rappeler les règles. Dans un entretien accordé à l’Agence Tchadienne de Presse et d’Édition (ATPE), la présidente de la HAMA, Mme Halimé Assaya Ali, revient sur les raisons de ce rappel à l’ordre, le rôle du régulateur face aux médias en ligne et les défis posés par l’essor du numérique.
Avec l’évolution des technologies et des usages, l’information s’est progressivement déplacée vers les plateformes numériques. Les médias traditionnels eux-mêmes investissent davantage les réseaux sociaux, notamment Facebook, parfois au détriment de leurs propres sites internet. Mais cette évolution s’accompagne d’un phénomène nouveau : des pages créées par des particuliers, des communautés ou autour de localités se mettent à diffuser régulièrement des contenus et finissent par se présenter comme de véritables médias.
« Beaucoup de pages Facebook se sont créées avec les noms, par exemple, des communautés, des localités, des noms comme ça, .com, .media, .info, alors que ce ne sont pas des médias », constate la présidente de la HAMA.
197 médias reconnus par la HAMA
Pour Mme Halimé Assaya Ali, cette situation justifie le rappel à l’ordre récemment adressé aux acteurs du secteur. Elle précise que le champ de compétence de la HAMA concerne les médias formellement établis et reconnus conformément aux textes en vigueur.
À décembre 2025, la liste de la HAMA comptait 197 médias reconnus et autorisés, regroupant les radios, les télévisions, la presse écrite et les journaux en ligne. Depuis, le paysage médiatique a continué d’évoluer avec l’apparition de nouveaux médias, notamment quelques radios supplémentaires. Parallèlement, certains organes qui ne remplissent plus les critères exigés par la loi pourraient être retirés de la liste.
« Tout ce qui s’est développé sur Facebook et qui se fait passer pour des médias n’est pas un média et ça ne relève pas de notre champ de régulation », insiste-t-elle.
Cette distinction est importante pour la HAMA. Une page Facebook qui publie des informations n’acquiert pas automatiquement le statut de média au seul motif qu’elle produit régulièrement du contenu. Pour relever de la régulation de la HAMA, un organe doit être formellement établi et répondre aux exigences prévues par les textes.
Les médias doivent respecter l’éthique et la loi
La présidente de la HAMA rappelle toutefois que les médias reconnus ne sont pas exemptés de leurs obligations lorsqu’ils investissent les réseaux sociaux. Au contraire, le passage du journal, de la radio ou de la télévision vers Facebook et les autres plateformes numériques ne dispense pas les professionnels du respect des règles qui encadrent leur métier.
« Le journalisme, c’est un métier encadré, qui a une éthique et une déontologie et l’exercice est encadré par des lois », rappelle Mme Halimé Assaya Ali.
La HAMA appelle ainsi les médias à continuer d’exercer leur profession dans le respect du code d’éthique et de déontologie, mais également des lois en vigueur. Pour la présidente de l’institution, il s’agit aussi d’éviter toute confusion entre le travail journalistique professionnel et les contenus diffusés par des pages ou des acteurs qui ne relèvent pas du statut de média.
Facebook et les contenus numériques : une compétence qui relève de la justice
L’autre clarification apportée par la HAMA concerne directement la régulation des contenus diffusés sur les réseaux sociaux. L’institution indique que, pour le moment, la régulation générale du numérique, notamment sur Facebook, ne relève pas de son champ de compétence.
« La régulation du numérique, notamment Facebook, pour le moment ne relève pas de notre champ de régulation », précise la présidente de la HAMA.
Elle estime que les contenus numériques susceptibles de constituer des infractions relèvent notamment du Code pénal et de la loi sur la cybersécurité, et doivent, à ce titre, être traités par les autorités judiciaires compétentes.
Cette question devient d’autant plus sensible avec la multiplication des contenus trompeurs, des fausses informations et l’utilisation parfois abusive de l’intelligence artificielle. « Il y a beaucoup de désordre avec le développement de la technologie, l’avènement de l’intelligence artificielle qui est très mal utilisée », déplore-t-elle.
Faire évoluer les textes face au numérique
Pour la présidente de la HAMA, l’évolution rapide des technologies impose désormais une réflexion sur l’adaptation du cadre juridique. Le paysage médiatique n’est plus limité aux supports traditionnels : les sites internet, les réseaux sociaux et les nouvelles technologies ont profondément changé les modes de production et de diffusion de l’information.
« Le monde évolue, la technologie a évolué, nous a imposé un certain rythme, ce qui a fait qu’aujourd’hui, la régulation, elle va du classique vers le numérique », observe Mme Halimé Assaya Ali.
Dans cette transformation, la HAMA entend continuer à appliquer fermement les textes qui encadrent les médias placés sous sa responsabilité. Mais elle estime également nécessaire de faire évoluer la réglementation pour mieux répondre aux réalités du numérique.
« Les textes doivent également évoluer pour qu’on puisse offrir aussi bien des médias, mais un espace numérique citoyen et éthique », plaide-t-elle.
À travers ce rappel à l’ordre, la HAMA cherche donc à établir une ligne claire entre médias reconnus, réseaux sociaux et contenus numériques. Une distinction appelée à devenir de plus en plus importante à mesure que le numérique prend une place centrale dans la circulation de l’information au Tchad.

Leave feedback about this
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.