La lettre du Pr Mahamat Saleh Daoussa Haggar au ministre Sitack
Enseignement

La lettre du Pr Mahamat Saleh Daoussa Haggar au ministre Sitack

Le président de l’Université de N’Djaména, Pr Mahamat Saleh Daoussa Haggar, a adressé une correspondance officielle au ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation professionnelle. Dans ce document de quinze pages, il exprime un désaccord profond avec la manière dont certaines décisions ont été prises depuis l’installation du ministre et dénonce ce qu’il considère comme une instrumentalisation de la tutelle ministérielle.

Le professeur Haggar affirme que l’autorité ministérielle ne saurait être détournée de sa finalité pour devenir une démarche dirigée contre une personne. Il rappelle que l’Université de N’Djaména est une institution de la République et que sa gouvernance doit se fonder sur les textes, les procédures régulières et l’intérêt supérieur de l’enseignement supérieur tchadien. La lettre prend la forme d’une mise en demeure solennelle et exige des explications écrites ainsi que des mesures de régularisation.

Le président revient sur plusieurs épisodes marquants. Il cite des propos attribués au ministre dès sa nomination, laissant entendre que son départ serait une priorité. Il évoque également une déclaration publique faite lors d’une visite officielle à l’Université, où il lui aurait été signifié qu’il avait « duré longtemps » et devait céder la place. Il dénonce en outre une mission d’inspection diligentée une semaine après l’installation ministérielle et le remplacement des inspectrices après la remise de leur rapport, une décision qui nourrit selon lui le doute sur les conditions de réception des conclusions.

La lettre met aussi en garde contre une éventuelle mobilisation d’étudiants contre la présidence de l’Université, qui, si elle était avérée, constituerait une dérive grave et risquerait de déstabiliser l’institution. Le professeur Haggar insiste sur la nécessité de distinguer le contrôle administratif légitime de la recherche préétablie du départ d’un responsable. Il rappelle que les inspections doivent établir la vérité administrative et non conforter une conclusion arrêtée par avance.

Au-delà de la polémique institutionnelle, le président attire l’attention sur les défis structurels de l’enseignement supérieur tchadien. Il cite l’insuffisance des infrastructures, le déficit d’enseignants-chercheurs, la fragilité de la recherche scientifique et la nécessité d’adapter les formations aux besoins du développement national. Il appelle à une mobilisation prioritaire sur ces enjeux, considérés comme le cœur des responsabilités du ministère.

Enfin, la correspondance aborde plusieurs circulaires ministérielles récentes, notamment celles relatives aux chefs de département, aux mutations et détachements, ainsi qu’aux admissions exceptionnelles dans les filières de santé. Le président en questionne le fondement juridique et les modalités d’application, estimant qu’elles risquent de fragiliser la continuité du service public et de créer des incertitudes préjudiciables au bon fonctionnement des établissements.

Par ce texte, le président de l’Université de N’Djaména entend défendre la stabilité institutionnelle et rappeler que la gouvernance universitaire doit se fonder sur la transparence, la concertation et le respect des règles. Cette lettre marque un tournant dans les relations entre l’Université et son ministère de tutelle et ouvre une phase de tension dont les suites pourraient peser sur l’avenir du système universitaire tchadien. Après cette lettre, l’intéressé a été suspendu de ses fonctions.

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