«Faisons de ce forum le momentum d’une Afrique qui reprend en main son destin hydrique»
Coopération

«Faisons de ce forum le momentum d’une Afrique qui reprend en main son destin hydrique»

À l’ouverture du Forum africain de l’eau ce mercredi 15 juillet 2026 à N’Djaména, le président de la République, maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a appelé les dirigeants africains et les partenaires internationaux à accélérer les investissements dans le secteur de l’eau. Face à la crise hydrique qui touche le continent, il plaide pour une action collective afin de faire de l’accès à l’eau un levier de paix, de sécurité alimentaire et de développement durable.

Je voudrais, avant tout propos, rendre grâce à Dieu qui a rendu possible la tenue de cette importante rencontre.

C’est un honneur particulier et une fierté profonde pour le peuple tchadien de vous accueillir aujourd’hui à N’Djamena, cœur battant du Sahel, à l’occasion de ce Forum Africain de l’Eau.

Cette large participation témoigne de l’état de notre prise de conscience collective face à l’un des défis les plus existentiels de notre époque.

À cet égard, j’exprime toute ma fraternité aux chefs d’État et de gouvernement, et à leurs représentants d’avoir fait le déplacement de N’Djamena.

Vous nous honorez de la plus belle des manières et le peuple tchadien vous exprime par ma voix toute sa gratitude.

Moi-même et le peuple tchadien, nous nous souviendrons de la coorganisassion parfaite de ce forum au Tchad avec la Banque mondiale. Que tout le management de la Banque mondiale trouve ici l’expression de notre reconnaissance.

Soyez les bienvenus sur cette terre tchadienne, terre de connexions terrestres, aériennes et numériques, mais aussi, une terre consciente de l’urgence de l’eau, un pays qui vibre à l’unisson des espoirs de tout un continent.

• Excellences,

• Mesdames et Messieurs,

L’analyse de la situation ayant conduit à l’organisation de ce forum dresse un constat amer : l’Afrique est confrontée à une crise hydrique d’une ampleur sans précédent.

Plus de 400 millions de nos compatriotes africains n’ont toujours pas accès à une eau potable. Nos capacités de stockage s’amoindrissent dangereusement, l’irrigation reste à des niveaux dramatiquement insuffisants, et les bouleversements climatiques menacent de réduire le produit intérieur brut de certaines de nos régions de près de 12 % d’ici 2050.

Issues du document de cadrage de ce forum, élaboré par la Banque mondiale, dont l’expertise et le talent ne sont plus à démontrer, ces données, aussi inquiétantes soient-elles, ne sont pas de simples abstractions pour l’Afrique. Elles incarnent notre réalité la plus âpre, celle que nous vivons au quotidien, dans nos villes, dans nos villages, dans nos champs et dans nos pâturages.

En effet, à quelques kilomètres d’ici s’étend le lac Tchad. Il y a soixante ans, cette étendue d’eau était une mer immense, généreuse source de vie pour plus de 30 millions d’âmes.

Aujourd’hui, il a perdu la plus grande partie de sa superficie. Cette évolution n’est pas anodine, elle est le miroir de notre fragilité collective et une ultime alerte qui nous interpelle.

Nous manquons d’eau suffisante, faute d’investissements et de financements suffisants, alors que nos nombreux cours d’eau, oasis et notre sous-sol, à l’instar du grès de Nubie, regorgent de millions et de millions de mètres cubes d’eau.

Lorsque l’eau se retire ou manque, la pauvreté avance à grands pas, les hommes et le bétail souffrent, les conflits se multiplient et la quiétude est perturbée.

Lorsque l’eau abonde, l’hygiène s’améliore, le bétail se multiplie, les récoltes augmentent, la cohésion s’installe et le développement s’amorce. En bref, l’eau, c’est la vie.

Au Tchad, nous considérons l’eau comme le socle fondamental de notre développement, le ciment de notre sécurité et la clé de notre paix sociale.

• Excellences,

• Mesdames et Messieurs,

Ce forum n’est pas une rencontre ordinaire. Il est le point de départ d’un engagement planétaire inédit. Son intitulé, « De la Vision à l’Action », est un appel à agir.

Par une action collective et résolue, au niveau africain en premier lieu, et avec nos partenaires en second lieu, pour réussir à relever les défis. Car l’eau ne doit pas être un luxe, mais un droit fondamental pour chaque être humain, animal et végétal.

Pour le Tchad, cette dynamique est en marche. C’est le sens de notre sommet d’aujourd’hui. C’est aussi une prescription de mon programme politique décliné dans notre Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », qui a placé l’eau comme une priorité absolue.

Dans cette continuité, le Pacte pour l’eau du Tchad, qui sera signé au cours de nos travaux, évalue les besoins en financement de l’eau pour les cinq années à venir à 3,8 milliards de dollars, dont 20 % sur financement national, soit environ 75 milliards de FCFA.

J’engage le gouvernement et les départements ministériels et agences gouvernementales concernés à tenir cette promesse, pour que l’eau pour les populations, l’eau pour l’alimentation et l’eau pour la Planète, telles que soutenues par la Banque mondiale, soient une réalité vivante.

Dans cette même perspective, avec l’appui de nos partenaires, nous allons investir dans des infrastructures hydrauliques durables, dans l’aménagement des polders et périmètres irrigués, dans les canalisations agricoles, dans les retenues d’eau, la construction de mares, les seuils d’épandage, dans les stations pastorales, pour le bénéfice de toutes nos populations, de notre important cheptel et pour des récoltes de saison et de contre-saison.

Main dans la main, faisons en sorte que les promesses énormes de nos ressources hydriques — le lac Tchad, le grès de Nubie, le lac Iro, le lac Fitri, le lac Ounianga, et nos grands fleuves que sont le Chari et le Logone, sans oublier nos oasis, le Batha, le Bitha, le Bahr Aouk, le Bahr Salamat pour ne citer que ceux-là — se réalisent.

• Excellences,

• Mesdames et Messieurs,

La coopération régionale n’est pas une option. La gestion concertée de nos fleuves et de nos lacs, à l’image de ce que nous faisons au sein de la Commission du Bassin du Lac Tchad, constitue une voie porteuse d’avenir.

À ce titre, je salue la présence parmi nous des représentants de la Commission du Bassin du Lac Tchad, de l’Autorité du bassin du Niger, de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, de l’Autorité du bassin de la Volta, du CILSS, de la CEEAC, de la CEMAC, de l’UEMOA et du NEPAD.

Dans le même temps, en ce moment de grandes décisions, je lance un appel solennel à l’ensemble de nos partenaires, notamment les banques nationales, régionales, continentales, internationales et multilatérales ainsi que les différents Fonds partenaires de l’Afrique à honorer les engagements pris avec nos États et dans le cadre de l’initiative « Water Forward ».

Accélérez la mobilisation des financements annoncés, conduisez les réformes nécessaires, assurez un suivi rigoureux, parce que l’eau, vie et source de toute vie, ne saurait attendre. Nos populations ont trop attendu. Les Africains ont trop attendu. Ils ne veulent plus attendre et c’est légitime.

Avant de finir, j’appelle à ce que ce forum incarne un véritable tournant décisif. Pour ce faire, je propose que nos travaux s’articulent autour de trois engagements majeurs :

Premièrement, l’engagement du financement. Nous devons transformer nos stratégies nationales, nos « Pactes nationaux pour l’Eau », en projets solidement bancables. J’invite nos partenaires et le secteur privé à déployer des mécanismes de financement innovants et diligents, à même de soutenir nos investissements dans les infrastructures de stockage, d’assainissement et d’irrigation à grande échelle.

Deuxièmement, l’engagement de la gouvernance. Il nous faut impérativement renforcer nos institutions régionales de gestion de nos bassins, nos organes de régulation du secteur de l’eau ainsi que nos sociétés de gestion d’eau.

À cet égard, mettons en place des plateformes dynamiques de partage de données hydrologiques en temps réel, afin d’anticiper les sécheresses et les inondations. Une gestion transparente, inclusive et équitable de l’eau est, à la fois, le plus sûr rempart contre les pénuries de demain et la voie de l’abondance en eau.

Troisièmement, l’engagement de l’inclusion. Plaçons résolument les femmes et les jeunes au cœur de nos politiques hydriques. Ce sont les femmes qui, au quotidien, supportent le fardeau de la corvée d’eau. Ce sont les jeunes qui aspirent à une agriculture moderne, créatrice de valeur et porteuse d’emplois.

Leur garantir un accès équitable à l’eau et aux terres irriguées, c’est investir directement dans la stabilité et la prospérité de nos sociétés.

• Excellences,

• Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis ici, au cœur du Sahel, autrement dit, nous sommes sur la ligne de front du changement climatique et de la sécurité hydrique. Faisons de ce forum de N’Djamena le momentum d’une Afrique qui reprend en main la maîtrise de son destin hydrique, qui réalise son potentiel en transformant ses contraintes en opportunités, et qui bâtit, pierre après pierre, un avenir de résilience et de prospérité partagée.

Nous sommes surtout au Tchad, carrefour de l’Afrique, de rencontres humaines, de liens entre l’Ouest et l’Est, le Nord et le Sud du continent, terre d’accueil et d’intégration, chantre de l’unité africaine.

Au-delà de l’événement qui nous réunit et fidèle à ses idéaux en faveur de l’intégration africaine et de la libre circulation des biens et des personnes, du haut de cette tribune et en ce jour historique, je voudrais vous annoncer que le Tchad, pays de Toumaï, berceau de l’humanité, ouvre ses frontières et supprime les visas d’entrée pour tous les Africains, dès le 1er janvier 2027.

Par cette note d’ouverture à l’Afrique tout entière du pays de Toumaï — Toumaï qui signifie Espoir de vie —, et sur cet appel vibrant à l’action, à l’audace, à l’ouverture et à la solidarité africaine que je déclare ouverts les travaux du Forum Africain de l’Eau.

VIVE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE.

QUE DIEU VOUS BÉNISSE.

QUE DIEU BÉNISSE L’AFRIQUE.

JE VOUS REMERCIE !

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