LA MENDICITÉ DANS LA SOCIÉTÉ TCHADIENNE : UNE ENTREPRISE QUI NE CONNAÎT PAS DE CRISE.
La mendicité est à la fois un phénomène social et un problème sociétal.
En tant que phénomène social, elle est une pratique ancienne et répandue, observée dans de nombreuses sociétés à travers le monde.
Elle est aussi considérée comme un problème sociétal lorsqu’elle révèle des dysfonctionnements sociaux tels que la pauvreté, le manque d’accès à l’emploi, ou encore des inégalités sociales.
La compréhension universelle s’arrête là.
QU’EN EST-IL DU TCHAD ?
L’on observe un phénomène social juteux et abusif aux conséquences néfastes.
Le Tchad subit toutes les formes de mendicité, en se laissant prendre en otage par sa propre compassion.
L’entreprise de la mendicité est sans gêne et sans pitié.
LES CATÉGORIES MENDIO-PROFESSIONNELLES :
Les formes de mendicité varient. L’on distingue des profils divers et des générations différentes. Leurs méthodes de ciblage et d’approche diffèrent également.
LA MENDICITÉ DE RÉSEAU
Elle est souvent organisée par des réseaux criminels venus d’ailleurs où les personnes sous leur coupe, sont menacées et obligées de mendier et de remettre une partie de leurs gains.
Pour cette nébuleuse, dès l’appel à la prière du matin, le manager (mendiant en chef) réveille ses agents de collecte (mahadjirines et autres ouvriers de la chaîne de racket) et leur fixe les objectifs de la journée en leur enseignant comment repérer un boss ou plutôt un blaireau selon sa tenue vestimentaire, sa voiture et sa démarche. Comment l’aborder et l’aggriper, comment quémander l’aumône avec insistance en usant d’un argumentaire bien rodé empreint de compassion et d’émotion, selon la stratification de la société.
Cette entreprise qui connaît pas la crise est bien organisée en différentes catégories.
LEURS MODUS OPERANDI :
Les mendiants qui ont moins de 10 ans (filles et garçons) doivent quémander avec harcèlement, en attrapant la main du client (le blaireau compatissant) à déplumer. Puis, il leur indique les endroits stratégiques et porteurs où ils doivent se placer pour opérer.
AUTRES CATÉGORIES QUI PROVOQUENT UNE FORTE RÉACTION ÉMOTIONNELLE :
Les mamans avec bébés sont placées dans les carrefours avec feux de route, les garçons de moins de 10 ans devant les mosquées, les filles de moins de 10 ans dans les allées des marchés, les aveugles avec guides arpentent les rues avec affluence humaine, etc.
Ainsi, plusieurs catégories mendio-professionnelles se dégagent et occupent les meilleures places de la capitale, des emplacements considérés comme stratégiques.
LA RENTABILITÉ DES JOURNÉES TYPES :
Leurs recettes journalières s’élèvent à plusieurs centaines de milliers de francs cfa (femmes seules, femmes avec bébés, jeunes hommes, viellards, enfants, aveugles avec guides, jeunes filles…).
A titre d’illustration : un aveugle avec guide collecte en moyenne 25.000 fcfa par jour. (Source : les pharmacies autour du pavillon des urgences de HGRN qui récupèrent leurs pièces pour les échanger par des billets).
Cette entreprise est gérée à 80 % par des managers (mendiants en chef) et leurs ouvriers nigerians, nigeriens et camerounais supposés être des réfugiés ayant fui Boko Haram et 20 % par des ouvriers tchadiens sans managers ni stratégies.
Ces 20% sont composés des femmes, des enfants, des vieillards, des jeunes hommes et des jeunes filles.
LA RÉPARTITION DES 20% RESTANTS
Les femmes sont postées devant les banques, les pharmacies, les restaurants et les boulangeries.
Il y’a également une autre catégorie des femmes silencieuses, assises à l’angle des grandes artères, attendant les âmes charitables.
LA MENDICITÉ À LA VOLÉE :
Les mahadjirines (élèves fictifs des écoles coraniques) arborant autour du cou, des bols en acier inoxydable reliés par une corde qui déambulent dans les rues et pénètrent dans les maisons pour mendier (souvent, ils sont à l’affût des téléphones portables sans surveillance, des chaussures…) pour aller les revendre au marché des objets d’occasion (souk haraï).
LA MENDICITÉ INFANTILE :
Il y’a aussi les enfants de la rue qui déambulent dans les allées des marchés, proposant de transporter les paniers des ménagères en espérant recevoir quelques pièces de monnaie.
Il s’agit d’une mendicité à la rencontre, selon l’expression « au petit bonheur, la chance », sans plan ni organisation.
LA MENDICITÉ PRIANTE
Il s’agit des femmes en âge de travailler, qui se sont spécialisées dans le repérage des maisons des riches. Elles y entrent pour quémander en arguant qu’elles sont veuves, ( mères des orphelins = amahate al atama). Elles appuient là où ça fait mal. Que leurs enfants n’ont pas mangé depuis plusieurs jours et qu’elles sont menacées d’expulsion faute de payer le loyer. Elles demandent avec insistance la charité, en faisant piètre figure. Elles prennent possession des pavés de la cour et s’adossent sur le pneu du véhicule du patron de la maison en utilisant des postures spécifiques pour susciter la compassion.
LA MENDICITÉ PAR PROCURATION :
Certaines personnes venues des pays voisins (Cameroun, Nigeria, Niger ), utilisent des enfants ou des personnes handicapées pour mendier, en exploitant leur vulnérabilité et en les menaçant de ne plus jamais revoir leurs parents.
LA MENDICITÉ DES PERSONNES HANDICAPÉES :
Beaucoup sont des personnes handicapées étrangères qui ont quitté leurs pays pour venir mendier au Tchad, en raison de leur handicap et de leurs difficultés à trouver un emploi dans leurs propres pays. Ils se positionnent sur l’axe Farcha et le centre ville, le rond point Gouroune Bagar et tout le long de l’avenue Charles de Gaulle. Ils se traînent par terre, ou restent immobiles au soleil sans parasol pour toucher des cœurs en suscitant la pitié.
LE NEC PLUS ULTRA DE LA MENDICITÉ
Dans les 20%, il y’a une catégorie exceptionnelle, hors hiérarchie. Il s’agit des jeunes hommes, tchadiens aux kaftans Getzner, blancs immaculés, propres et bien repassés qui repèrent leurs cibles dans les grosses cylindrées et partent à l’abordage, en évoquant une panne sèche d’essence de leurs véhicules ou ceux de leurs papas.
Ces sont des jeunes accro à la chicha, aux restaurants chics et aux bars des grands hôtels de la capitale.
LA MENDICITÉ DE DÉPENDANCE
Elle concerne des jeunes plus affûtés, évoquant qu’ils doivent se rendre à un endroit quelconque mais il leur manque quelques pièces pour compléter le prix du clandoman (taxi moto).
C’est une mendicité liée généralement à la dépendance à l’alcool, aux drogues (tramol, haschich (zimbel ou bongo)).
LA MENDICITÉ LIÉE AU VAGABONDAGE ET À LA PROSTITUTION :
L’exode rural est un autre problème societal qui cause un trouble à l’ordre public. L’absence de domicile fixe et des ressources pousse certaines personnes à mendier pour survivre dans la rue.
Dans certains cas, la mendicité est liée à la prostitution, notamment pour les femmes qui viennent de l’intérieur du pays (les filles du marché Mokolo) où les femmes réfugiées venues des pays voisins.
Notre liste n’est pas exhaustive.
CONSÉQUENCES :
– Insécurité,
– Terrorisme,
– Réseaux criminels,
– Racket,
– Vol,
– Harcèlement,
– Abus de confiance,
– Tromperie,
– Trafic d’enfants,
– Prostitution,
– Gêne,
– Inconfort,
– Maladies,
– Mal être,
– Rejet,
– Xénophobie,
– Violence,
–
PERSPECTIVES :
1- Comment lutter contre ce fléau ?
2- Comment agir pour que le Tchad ne soit pas une plaque tournante du trafic des enfants mendiants et de la prostitution liée à la mendicité ?
3- Quelle stratégie mettre en place par le gouvernement pour éradiquer ce fléau ?
4- Les tchadiens ont-ils le monopole du cœur ?
5- La solidarité aveugle et sans limite ne produit-elle pas des effets pervers ?
RECOMMANDATIONS :
Sans tomber dans la xénophobie et penser que « l’enfer, c’est les autres » , la mendicité au Tchad doit être traitée avec la plus grande prudence et la plus grande fermeté.
– Avec stratégie, méthode et moyens (humains, financiers et matériels).
– Les lois de la République doivent évoluer pour prendre en compte toutes les formes de mendicité au regard de son agressivité, de son utilisation des mineurs, du risque de terrorisme et de trouble à l’ordre public.
– Les chancelleries des pays voisins concernés, doivent être associées sur le plan diplomatique afin de trouver des solutions pérennes.
(Moustapha Dahleb)

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