Chronique : Un forum d’affaires, ce n’est pas que des euros : ce sont surtout des idées pour le Tchad
Économie

Chronique : Un forum d’affaires, ce n’est pas que des euros : ce sont surtout des idées pour le Tchad

Ce vendredi 25 septembre 2026, le Tchad s’est offert une petite escapade à Paris. Pas pour visiter la tour Eiffel, mais pour parler affaires. Environ 200 entrepreneurs français et tchadiens se sont retrouvés dans la capitale française autour d’un sujet qui fait toujours battre le cœur des décideurs : l’investissement.

Pour beaucoup de Tchadiens, la question était presque déjà sur toutes les lèvres : combien d’euros ? Combien de dollars ? Quel montant à annoncer à la sortie ? On se souvient de l’exercice d’Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, lors du forum consacré au Plan national de développement (PND), en novembre 2025, où les chiffres avaient naturellement occupé une place de choix.

Mais un forum économique ne se mesure pas toujours à la calculette. Un investissement ne tombe pas forcément du ciel, encore moins dans une valise diplomatique. Le premier résultat, parfois, est simplement une rencontre. Et Paris aura au moins permis à des entreprises et à des entrepreneurs tchadiens et français, partenaires de longue date, de se parler, de comparer leurs expériences et, pourquoi pas, de faire germer quelques projets. Car au Tchad, nous savons faire du commerce. Très bien même. Lorsqu’un Tchadien dispose d’un peu de capital, il l’oriente souvent vers l’import-export. On commande des marchandises, on les stocke quelque part, au marché central, au marché à mil ou dans une rue commerçante, puis on les revend. C’est une activité utile, nécessaire même, mais qui crée encore relativement peu de transformation et d’emplois industriels. Or, il y a peut-être un autre chemin à ouvrir. Et si, au lieu de toujours faire venir les produits, nous apprenions davantage à les fabriquer ici ? Et si le coton, le sésame, le bétail, la gomme arabique ou d’autres richesses locales pouvaient être transformés sur place, dans des usines appartenant à des entrepreneurs tchadiens ? Le véritable défi serait alors de faire grandir un secteur privé capable non seulement de commercer, mais aussi de produire, de transformer et d’employer.

Autrement dit : passer progressivement de la boutique à l’usine. Le commerce a sa place. Mais un secteur privé qui repose principalement sur le commerce risque de rester fragile. Il faut aussi des industriels, des transformateurs, des entreprises capables de prendre des risques, d’investir sur plusieurs années et de créer de la valeur sur le territoire. Et, tant qu’à parler d’argent, il serait peut-être temps que les millions qui dorment parfois dans certaines boutiques découvrent aussi le chemin des banques, du crédit et de l’investissement productif.

Alors, que retenir de Paris si aucun gros contrat n’est signé immédiatement ?

L’expérience, déjà. Les idées, ensuite. Les modèles d’entreprises observés, les méthodes de production, les sociétés de transformation rencontrées. Tout cela constitue une récolte moins spectaculaire qu’un chèque, mais potentiellement beaucoup plus durable.

Paris ne doit donc pas forcément être considéré comme une grande chasse aux euros. Il peut être une fenêtre ouverte sur d’autres façons de produire et de faire grandir une entreprise.

Et après Paris ? Pourquoi ne pas regarder aussi vers l’Inde, la Chine et d’autres pays qui ont construit une partie de leur puissance économique sur l’industrie, la transformation et la production à grande échelle ?

Mais, avant de rêver d’usines et de chaînes de production, il faudra bien finir par affronter l’éléphant assis au milieu de la pièce : l’énergie.

Car sans électricité fiable, l’industrie reste une belle idée sur le papier. Et cette vieille question énergétique, décidément, semble avoir acheté un abonnement longue durée au Tchad.

Le prochain grand forum pourrait donc être consacré à un sujet moins glamour que Paris, mais infiniment plus décisif : comment produire suffisamment d’énergie pour faire tourner les usines dont nous rêvons ? Parce qu’au fond, le véritable investissement ne sera pas seulement celui qui arrive au Tchad. Ce sera aussi celui qui permettra au Tchad de produire davantage par lui-même.

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