Le Tchad a annoncé, ce lundi 27 juillet 2026, sa décision de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI). Une décision justifiée par les autorités tchadiennes par des critiques profondes sur le fonctionnement de l’institution, jugée sélective et éloignée de ses principes fondateurs. Le chef de la diplomatie tchadienne, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Tchadiens de l’étranger, Abdoulaye-Sabre Fadoul, a expliqué les raisons de cette rupture lors d’une déclaration officielle.
Le retrait du Tchad intervient à quelques mois du vingtième anniversaire de son adhésion au Statut de Rome, le traité fondateur de la CPI. Le 1er novembre prochain, le pays aurait célébré deux décennies de participation à cette juridiction internationale créée pour lutter contre l’impunité des crimes les plus graves, notamment les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et le génocide.
Selon Abdoulaye-Sabre Fadoul, l’adhésion du Tchad à la CPI traduisait alors « un espoir et un engagement » en faveur d’une justice internationale équitable. Mais, estime-t-il, l’évolution de la Cour n’a pas répondu aux attentes initiales des États membres.
« Quand on adhère à une organisation internationale comme la CPI, on renonce à une partie de sa souveraineté et on adhère à un idéal, un idéal de justice en l’occurrence », a déclaré le ministre. Avant d’ajouter : « Malheureusement, force est de constater que depuis sa création, le fonctionnement de la Cour pénale internationale n’a pas répondu aux attentes, aux principes pour lesquels cet organe a été institué. »
Une critique d’une justice jugée sélective
Le gouvernement tchadien reproche principalement à la CPI ce qu’il considère comme une application inégale de la justice internationale. Abdoulaye-Sabre Fadoul évoque notamment des « poursuites sélectives » et accuse l’institution de concentrer son action contre des dirigeants africains.
« Face à ces dérives qui se manifestent par des poursuites sélectives (…) face à un jeu de pouvoir qui protège certains et qui met seulement comme cibles des Africains, le Tchad ne se sentait plus en phase avec la Cour pénale internationale telle qu’elle fonctionne aujourd’hui », a-t-il affirmé.
Le ministre a également inscrit cette décision dans la vision politique du président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, présenté comme attaché à la défense de la souveraineté nationale et africaine ainsi qu’au principe d’équité.
Un retrait effectif dans un délai d’un an
Abdoulaye-Sabre Fadoul a précisé que cette décision avait été prise « avec beaucoup de regrets », tout en soulignant qu’elle respecte les procédures prévues par le Statut de Rome. Conformément aux dispositions de ce texte, le retrait du Tchad deviendra effectif après un délai d’un an.
« En application des dispositions de ce statut, dans un délai d’un an, le Tchad ne fera plus partie de la Cour pénale internationale », a-t-il indiqué.
Cette annonce place ainsi le Tchad dans la liste des pays africains ayant choisi de rompre avec la CPI, au nom d’une contestation plus large du fonctionnement de l’institution.
Un appel aux autres pays africains membres de la CPI
Au-delà du cas tchadien, le ministre d’État a lancé un appel aux autres États africains encore membres de la Cour. Il les invite à réfléchir à la nécessité de créer des mécanismes africains capables de répondre aux exigences de justice.
« Nous ne devons plus accepter d’être les victimes consentantes d’un système à double vitesse, un système à géométrie variable », a-t-il déclaré.
Pour N’Djamena, l’Afrique doit renforcer ses propres instruments judiciaires afin de garantir la lutte contre l’impunité et assurer justice aux victimes des crimes les plus graves.
Le Tchad maintient son engagement contre l’impunité
Malgré son retrait annoncé, le gouvernement tchadien affirme ne pas tourner le dos à la lutte contre l’impunité. Abdoulaye-Sabre Fadoul assure que le pays continuera à respecter ses engagements internationaux dans d’autres cadres juridiques.
Il a également défendu le bilan de la coopération entre le Tchad et la CPI, estimant que son pays a toujours respecté ses obligations envers l’institution.
« Depuis que nous sommes membres de la Cour pénale internationale, il n’y a pas un pays qui a autant respecté ses obligations vis-à-vis de cette instance », a-t-il soutenu, rappelant la collaboration du Tchad dans différentes enquêtes menées par la Cour, notamment en République centrafricaine et au Soudan.
Pour le chef de la diplomatie tchadienne, le départ du Tchad n’est pas un cas isolé. « Le Tchad, comme vous le savez, n’est pas le premier à partir et ne sera certainement pas le dernier », a-t-il conclu.
Cette décision ouvre désormais un nouveau chapitre dans les relations entre le Tchad et les institutions judiciaires internationales, tout en relançant le débat sur l’avenir de la justice pénale internationale et la place des États africains au sein de la CPI.

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