Grève des enseignants, application du décret 2850, retenues sur salaires et réformes du système éducatif : le ministre de l’Éducation nationale fait le point avec nos confrères de l’ONAMA, sur les revendications syndicales et les actions engagées par le gouvernement pour améliorer le secteur de l’éducation au Tchad.
Les enseignants réclament depuis plusieurs semaines la révision du décret 477 signé en 1992. Quelle est la position du gouvernement sur cette revendication ?
Les enseignants ont effectivement demandé la révision du décret 477 signé en 1992. Les hautes autorités de la République ont estimé que cette sollicitation est légitime. Un décret datant de plus de trente ans mérite d’être réexaminé et actualisé. C’est dans ce cadre que ce texte a été revu et mis à jour, ce qui a conduit à la signature du décret 2850 qui prévoit notamment différentes primes, dont les indemnités de logement et d’autres avantages.
Ainsi, le gouvernement a répondu positivement à la principale revendication des syndicats d’enseignants.
Comment appréciez-vous les revendications des enseignants ? Sont-elles légitimes selon vous ?
Oui, leur principale revendication portait sur la révision du décret 477 de 1992. Les autorités ont estimé que cette demande était légitime, ce qui explique la mise à jour de ce décret à travers le décret 2850.
Cependant, il existe aujourd’hui une divergence de méthode entre les différentes structures syndicales. Le syndicat national, représenté au sein du cadre du pacte social et également au niveau sectoriel du ministère de l’Éducation nationale, privilégie les discussions dans ces cadres.
La section de N’Djamena, quant à elle, souhaite que l’application du décret 2850 soit discutée uniquement au niveau sectoriel et non dans le cadre du pacte social.
Le Premier ministre, chef du gouvernement, qui a personnellement œuvré pour la révision du décret 477, a instruit le ministère de réactiver la commission technique chargée d’étudier les modalités d’application du nouveau texte. Cette commission travaille actuellement pour analyser le décret et déterminer comment il peut être appliqué concrètement sur le terrain.
Il faut rappeler que le décret 477 signé en 1992 n’a été appliqué qu’en 2010, soit 18 ans plus tard. Nous ne souhaitons pas reproduire une telle situation. Mais avant toute application, un travail technique et financier doit être réalisé.
Certains estiment que puisque le décret n’a pas été abrogé, il devrait être appliqué immédiatement. Qu’en dites-vous ?
En réalité, ce que beaucoup ignorent, c’est que certaines dispositions sont déjà appliquées. Les enseignants perçoivent déjà plusieurs indemnités, notamment les indemnités de logement, de craie ou encore celles liées aux zones difficiles.
Ce que les enseignants réclament aujourd’hui, c’est une augmentation de ces indemnités.
La différence se situe surtout au niveau de la méthode de revendication entre les différentes structures syndicales. Le gouvernement, pour sa part, négocie avec le CET national, qui relaie ensuite les informations aux sections locales.
Toute augmentation doit être étudiée. Elle nécessite une analyse budgétaire et des discussions avec les ministères concernés, notamment celui des Finances. Cela ne peut pas se faire de manière immédiate.
Avec votre collègue de la Fonction publique, vous avez décidé de procéder à des retenues sur les salaires des enseignants grévistes. Pourtant, le gouvernement a ensuite annoncé que ces montants seraient reversés. Comment expliquez-vous cette situation ?
Ce n’est pas un revirement. La loi est claire : les jours non travaillés ne sont pas payés. Lorsque la section de N’Djamena a refusé d’engager les négociations, le gouvernement s’est vu obligé d’appliquer cette disposition.
Cependant, lors de l’analyse des fichiers de la solde, nous avons constaté une situation particulière. Sur environ 15 000 enseignants alignés sur la solde de N’Djamena, plus de 7 000 travaillent en réalité dans les provinces mais continuent de percevoir leur salaire à partir de N’Djamena.
Lorsque les retenues ont été effectuées, ces enseignants se sont retrouvés injustement sans salaire alors qu’ils continuaient de travailler. Après vérification, nous avons demandé au ministère des Finances de régulariser leur situation et de payer leurs salaires.
Par ailleurs, les enseignants qui ont effectivement observé la grève ont travaillé une partie du mois de février. Ils ont donc droit au paiement de la période travaillée, et ces rappels seront effectués.
Aujourd’hui, les enseignants ont-ils tous perçu leur salaire ?
Oui, la majorité des enseignants du pays ont perçu leur salaire. La grève a concerné principalement la ville de N’Djamena. Dans les autres provinces, certains enseignants ont observé une seule journée de grève avant de reprendre les cours.
Même à N’Djamena, plusieurs établissements, notamment pour les classes d’examen comme la troisième et la terminale, n’ont pas interrompu les cours. Les enseignants ont estimé qu’ils avaient une responsabilité envers l’avenir des élèves.
Les enseignants des provinces ont déjà perçu leur salaire. Ceux de N’Djamena qui ont observé la grève recevront leurs rappels correspondant aux jours travaillés.
Le gouvernement prévoit-il d’appliquer le décret 2850 d’ici le 30 avril 2026 comme prévu dans le chronogramme paritaire ?
Nous sommes actuellement en négociation. La commission technique chargée d’étudier le dossier est en train de finaliser son travail. Selon les informations dont je dispose, ce travail pourrait être terminé dans les prochaines semaines.
Les conclusions seront ensuite soumises au cadre du pacte social, où siègent le gouvernement, les syndicats et d’autres partenaires sociaux. C’est dans ce cadre que les décisions seront prises.
Il faut préciser que le chronogramme évoqué n’est pas uniquement celui du gouvernement. Il a été élaboré de manière collégiale entre les syndicats et les différents ministères concernés.
Si le délai du 30 avril n’est pas respecté, craignez-vous une nouvelle grève ?
La décision d’engager une grève appartient aux syndicats. Pour notre part, nous restons ouverts au dialogue. Nous sommes de bonne foi et disposés à travailler avec les syndicats afin de trouver des solutions durables.
Le système éducatif tchadien fait face à de nombreux défis : accès limité à l’école, manque d’enseignants qualifiés, infrastructures insuffisantes. Faut-il aujourd’hui repenser en profondeur le système éducatif ?
Plusieurs réformes sont déjà en cours. Nous travaillons dans le cadre du programme du chef de l’État, qui prévoit 12 chantiers et 100 actions prioritaires. L’un des axes majeurs concerne l’éducation nationale.
Sur la question de l’accès à l’école, des efforts importants sont en cours. Depuis un an, environ 395 salles de classe ont été construites. À l’échelle nationale, plus de 2 000 salles de classe sont en construction dans différents projets.
Il existe également un projet majeur, Smart Education, qui prévoit la construction de 466 écoles à travers le pays avec l’appui de plusieurs partenaires. D’ici quatre à cinq ans, ces investissements devraient améliorer considérablement l’accès à l’éducation.
Cependant, un autre problème persiste : la création anarchique d’écoles communautaires. Beaucoup d’écoles sont créées sans respecter la carte scolaire. Après trois ans de fonctionnement, certaines deviennent des écoles publiques, ce qui complique leur encadrement et leur gestion.
Le respect de la carte scolaire est donc indispensable pour améliorer durablement l’accès à l’éducation.
Qui doit contrôler la création de ces écoles communautaires ?
Les représentants de l’État au niveau local ont un rôle important à jouer. Toute création d’école doit respecter les règles en vigueur et être autorisée par les services compétents du ministère de l’Éducation nationale.
Les autorités administratives locales doivent donc veiller à ce que ces créations respectent la carte scolaire et les besoins réels des populations.
Entretien réalisé par Souleymane Djaba de l’ONAMA

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