Le Premier ministre, M. Allah Maye Halina, s’est présenté, ce lundi 16 mars 2026, devant le Sénat pour répondre aux préoccupations des sénateurs sur la question de la cohésion nationale. Cette interpellation fait suite à une question introduite par le sénateur Abderamane Koullamalah, dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale prévu par les textes en vigueur.
Cette séance constitue un moment institutionnel important, puisqu’il s’agit de la première interpellation du Premier ministre devant la Chambre haute. Elle marque ainsi une étape dans le renforcement du dialogue entre l’Exécutif et le pouvoir législatif au Tchad.
Au cours des échanges, les sénateurs ont profité de cette occasion pour soulever plusieurs préoccupations liées à la situation nationale. Les interventions ont notamment porté sur les conflits intercommunautaires, les tensions récurrentes entre agriculteurs et éleveurs, la faiblesse de la justice dans le traitement de certains dossiers, ainsi que la suite judiciaire réservée à plusieurs conflits. D’autres questions ont également été abordées, notamment les nominations dans l’administration, l’élévation des grades des officiers de l’armée, ou encore les inégalités en matière d’infrastructures entre les provinces.
Dans ses réponses, le Premier ministre a d’abord réaffirmé que la question de la cohésion et de la stabilité nationale constitue une préoccupation légitime partagée par l’ensemble des Tchadiens. Selon lui, dans un contexte régional marqué par des crises sécuritaires, la circulation d’armes et des tensions communautaires, le débat démocratique au sein du Sénat apparaît aujourd’hui « utile et nécessaire ». « La cohésion nationale est le pilier sur lequel repose toutes les actions du gouvernement », a-t-il déclaré.
Concernant la stratégie du gouvernement pour renforcer durablement cette cohésion, Allah Maye Halina a indiqué qu’elle repose sur la mise en place d’un cadre national structuré de cohésion sociale et de réconciliation. Dans cette optique, le Tchad s’est engagé dans l’élaboration d’une stratégie nationale de cohésion sociale pour la période 2024-2029, réalisée avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement et de la Médiature de la République.
Cette stratégie vise notamment à renforcer l’État de droit, améliorer l’accès équitable aux services publics, promouvoir un dialogue inclusif entre les communautés et prévenir les conflits grâce à des mécanismes de médiation. Le Premier ministre a également assuré que le gouvernement poursuivra ses efforts pour préserver l’unité nationale, en combinant fermeté et dialogue afin que « la diversité tchadienne demeure une force et non une ligne de fracture ».
Dans ce cadre, le gouvernement prévoit l’organisation d’assises nationales sur la prévention et le règlement des conflits intercommunautaires, ainsi qu’un forum sur la lutte contre les attaques et propos violents sur les réseaux sociaux. Il est aussi question de mettre en place progressivement des mécanismes d’alerte précoce afin d’anticiper les tensions avant qu’elles ne dégénèrent.
Le chef du gouvernement a par ailleurs reconnu l’ampleur du phénomène des conflits locaux. Selon lui, 25 conflits intercommunautaires ont été recensés entre janvier et juin 2025, ayant causé 136 morts et 166 blessés, principalement en raison des différends liés à l’exploitation des ressources naturelles.

