Politique

Détournements et corruption : Bilan de l’AILC 2025

La corruption est un fléau mondial, un phénomène social, politique et économique complexe qui n’épargne aucun pays. Elle affaiblit les institutions, freine le développement, érode la confiance des citoyens et engendre l’instabilité chronique des gouvernements.

La commémoration de cette journée a pour objectif de sensibiliser sur les effets nuisibles de la corruption, de mobiliser l’action collective et d’encourager l’adoption de politiques publiques efficaces pour éradiquer ce mal. Parmi les axes prioritaires de cette lutte figurent :

  • La promotion de la transparence dans la gestion des ressources publiques ;
  • Le renforcement des systèmes de contrôle interne et externe ;
  • La modernisation de la gestion des finances publique ;
  • La promotion de la dématérialisation des procédures administratives ;
  • La protection des lanceurs d’alerte et des journalistes d’investigation ;
  • La coopération internationale pour évaluer périodiquement le niveau de conformité de notre pays aux standards internationaux et régionaux en matière d’intégrité et de transparence ;
  • Et enfin, la prévention, pilier essentiel d’une gouvernance intègre

Cette année encore, nous nous rassemblons autour du thème : « S’unir avec la jeunesse contre la corruption : assurer l’intégrité des hommes de demain », un thème qui porte une résonance particulière au Tchad, où la majorité de la population est jeune.

Notre pays dispose d’immenses ressources naturelles : plus de 39 millions d’hectares de terres arables, plus de 150 millions de têtes de bétail, un sous-sol riche en or, pétrole, gaz, uranium, tungstène, bauxite, fer et autres minerais rares, ainsi que d’importantes ressources en eau, de surface comme souterraines.

Malgré ces atouts considérables et une population composée à 70 % a moins de 30 ans, la majorité de nos concitoyens vivent encore en dessous du seuil de pauvreté. En effet, selon l’indice de perception de la corruption 2024 de Transparency International, le Tchad se classe 158e sur 180 États au plan mondial. Le pays est aussi classé 49e sur 52 en Afrique et 190e sur 193 dans le monde, selon le rapport 2025 du PNUD sur l’Indice de développement humain.

Cette contradiction trouve sa source principale dans la corruption, qui gangrène nos institutions, entrave la conception des politiques publiques efficaces et accentue les inégalités sociales. La corruption prive nos jeunes d’opportunités qu’ils devraient saisir ; limite les emplois auxquels ils aspirent ; affaiblit les services publics dont ils ont droit et détourne les ressources qui auraient pu financer leur formation et améliorer leur cadre de vie.

Les Tchadiens doivent comprendre que la corruption est la racine de tous les maux qui brisent nos rêves. Il est temps d’unir nos forces pour la combattre avec détermination car cette lutte ne sera pas efficace si elle n’est pas menée par l’ensemble des citoyens conscients. La prévention et la lutte contre la corruption est un combat national qui engage chaque citoyen, et en particulier la jeunesse : ces garçons et ces filles qui refusent le fatalisme, qui rejettent les pratiques indignes, qui veulent un pays où l’effort, le mérite et la dignité garantissent l’accès aux opportunités.

La corruption est un péril pour l’État, un fardeau pour les citoyens et un frein pour le développement économique social.

La corruption c’est :

  • Une mauvaise allocation des ressources financières ;
  • Une augmentation excessive des coûts des affaires ;
  • Une perte de réputation du pays à l’échelle internationale ;
  • Une école qui ne se construit pas ;
  • Un centre de santé qui manque des médicaments ;
  • Une route qui se dégrade quelques mois après son inauguration ;
  • Une procédure administrative qui devient un parcours du combattant pour les citoyens honnêtes ;
  • Un jeune qui perd confiance dans la méritocratie et dans l’avenir de son pays.

La création de l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC) illustre la volonté politique forte et l’engagement résolu du Maréchal, Président de la République, Chef de l’État, à mener une lutte sans relâche contre la corruption et la mauvaise gouvernance.

L’AILC, instituée par l’Ordonnance n°007/PR/2023 du 1er août 2023, a pour mission de prévenir, détecter, réprimer la corruption et promouvoir une gestion saine et transparente des ressources publiques

Depuis février 2025, l’AILC a conduit 37 missions d’audit, de contrôle et de vérification dans diverses institutions publiques.
Ces investigations ont révélé de graves irrégularités.

En effet, au total, des redressements opérés par nos différentes missions s’élèvent à 910 969 736 354 FCFA, un recouvrement de 120 662 868 826 FCFA dont 22 milliards FCFA déjàreversés au Trésor public et 98 milliards FCFA compensés sous forme des dettes croisées et un montant de 790 306 867 528 FCFA restent à recouvrer.

Nous avons récupéré 31 véhicules illégalement emportés ou reformés ont été restitués aux entités concernées.

92 personnes mises en cause dont 54 suspendues ou relevés de leurs fonctions, 38 personnes font actuellement objet de poursuites judiciaires, 6 sont déjà condamnées, 18 en détention et 14 recherchées.

L’action de l’AILC ne se limite pas à la répression. Elle s’inscrit également dans une démarche préventive et pédagogique. Nous formulons, à l’issue de chaque mission, des recommandations correctives et assurons leur suivi rigoureux afin de garantir une application effective des textes de la République.

Nos missions en provinces ont permis de mettre au jour un vaste réseau de détournement des transactions liées aux appels de fonds, contribuant ainsi à stopper la dilapidation des ressources publiques.

Prévenir, c’est aussi sensibiliser, informer, moraliser et impliquer les citoyens.
C’est pourquoi nous avons mis en place plusieurs mécanismes de signalement notamment :

  • Le numéro vert 1222, accessible gratuitement via MOOV et AIRTEL ;
  • Le site web interactif www.ailc.td, permettant à tout citoyen de dénoncer anonymement la corruption et de suivre l’évolution de son dossier ;
  • Le Bureau des plaintes et dénonciations, ouvert à tous ceux qui souhaitent déposer des plaintes physiques.

A travers ces plateformes, nous avons reçu 18 plaintes et dénonciations. Toutes les dénonciations font l’objet d’un examen rigoureux et, en cas d’indices concordants de corruption, déclenchent des missions d’enquête, de contrôle ou d’audit.

Le Tchad est partie prenante à la Convention des Nations Unies contre la Corruption ainsi qu’à celle de l’Union Africaine. Nous collaborons étroitement avec des institutions partenaires telles que l’ONUDC, le PNUD et l’IACA, afin de renforcer nos capacités techniques, mobiliser des ressources et adopter les meilleures et pratiques internationales en matière de gouvernance et d’intégrité. L’AILC a également intégré le réseau GLOBE NETWORK regroupant les institutions en charge de lutte contre la corruption, afin de partager les bonnes pratiques et les implémenter dans notre pays.

Afin de bien mener nos missions et nous aligner aux standards internationaux, nous avons engagé des reformes importantes et considérables en matière de la prévention et répression de la corruption.  

Ainsi, un processus d’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre la corruption, impliquant toutes les parties prenantes à savoir : les départements ministériels concernés, les ONG, les associations des jeunes, les leadeurs religieux et coutumiers, les médias, etc, est en cours. C’est un plan global visant à prévenir, détecter et sanctionner les actes de corruption, reposant sur des axes comme l’application des lois, la sensibilisation, la mise en place des mécanismes de prévention.

Des réformes structurelles indispensables telles que la protection des lanceurs d’alerte, la lutte contre l’enrichissement illicite, l’inopposabilité du secret bancaire, etc sont en cours. Pour accompagner ces efforts, l’AILC renforcera ses compétences, ses outils technologiques et ses partenariats, toujours avec l’appui des plus hautes autorités de l’État.

À l’approche de l’année 2026, nos perspectives sont claires :

  • Faire respecter les textes de la République dans tous les processus administratifs ;
  • Garantir l’égalité des chances dans les concours, les recrutements et les marchés publics ;
  • Rendre effective la digitalisation de l’administration publique ;
  •  Assurer une gestion saine, transparente et équitable des ressources nationales ;
  • Sensibiliser la population sur les enjeux de la corruption
  • Faire une évaluation nationale des risques afin de définir les risques potentiels de corruption et entreprendre des mesures adaptées pour prévenir et réprimer ce fléau

Au plan international, notre pays participe à plusieurs activités de prévention et de lutte contre la corruption au sein des différentes instances internationales. Ainsi, le Conseil Consultatif de l’Union Africaine, mènera en début février 2026, une mission d’évaluation de la mise en œuvre de la Convention de l’Union Africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, dans le but de :

  • Se rapprocher de différentes parties prenantes en vue de jauger les niveaux de mise en œuvre des dispositions de la Convention par le Tchad ; 
  •  Encourager le partage des meilleures pratiques dans la prévention et la lutte contre la corruption ;
  • Solliciter un large soutien au travail du Conseil et forger une étroite collaboration avec tous les acteurs ;

En outre, l’Organisation des Nations-Unies contre la Drogue et les Crimes (ONUDC) effectue depuis 2019 l’examen de la mise en œuvre de la Convention des Nations-Unies contre la Corruption par la république du Tchad. Notre pays est examiné par la République Unie de Tanzanie et la république de TUVALU. Cet examen est à son second cycle et l’AILC a mis en place un Comité composé des différents départements ministériels, institutions impliquées et la société civile pour conduire ledit examen à bien et assurer la conformité de notre dispositif national aux normes internationales de référence.

Le Tchad est également invité à examiner la conformité de la république du Gabon en collaboration avec la Lybie.

Notre ambition est de restaurer la confiance du peuple tchadien envers ses institutions, d’accroître les recettes publiques et d’ancrer durablement la culture de l’intégrité.

L’AILC, par ailleurs, a entrepris un processus de refonte des différents textes qui régissent ses activités afin d’arrimer notre cadre juridique aux standards internationaux dans le domaine de la prévention et de lutte contre la corruption. Un Comité collégial comprenant les différentes entités publiques, la société civile et le milieu universitaire est mis en place et travaille à doter notre pays d’un arsenal juridique moderne et exhaustif pour une lutte efficace et sans complaisance contre la corruption. Une loi spécifique sur la prévention et la lutte contre la corruption sera proposée ainsi que les textes relatifs à la lutte contre l’enrichissement illicite ainsi qu’à la protection des lanceurs d’alerte pour permettre à l’AILC d’assumer la plénitude de sa mission.

Certes, l’AILC est encore jeune, les attentes sont immenses et les défis nombreux. Mais avec la volonté politique affirmée, la détermination de notre équipe et la participation citoyenne, nous parviendrons à construire un Tchad plus juste, équitable et prospère.

En effet, l’un des défis majeurs demeure la culture de l’impunité. Tant que la corruption apparaîtra comme une activité « rentable », tant que ceux qui détournent des ressources publiques se croiront protégés et que l’application de la loi restera sélective, la lutte contre la corruption ne pourra gagner en crédibilité. C’est pourquoi l’AILC réaffirme sa détermination à engager un combat fondé sur l’ensemble des textes de la République, applicable à tous, sans distinction de rang, de fonction ou de statut.

Défendre des personnes qui détournent les ressources communes au nom des liens amicaux ou familiaux ou d’intérêt quelconque, c’est trahir la République. Si notre pays continue de souffrir du manque d’eau potable, d’électricité, de soins de santé, d’éducation ou de sécurité alimentaire, c’est parce que des individus ont détourné des ressources publiques destinées au bien-être social. Je vous exhorte, chers concitoyens, à refuser toute complaisance et à dénoncer la corruption, car c’est ensemble que nous garantirons un avenir meilleur à notre Nation.

En cette Journée Internationale de Lutte contre la Corruption, nous réitérons avec force que l’État ne tolérera plus les manipulations, le favoritisme ou la fraude qui sapent le mérite, l’égalité des chances et la confiance du citoyen. La République ne sera servie que par la justice, l’intégrité et la transparence.

Ces pratiques corruptives, profondément enracinées, fragilisent notre administration et minent la confiance des citoyens, en particulier celle des jeunes, qui aspirent à un État exemplaire.

Chers compatriotes, la corruption ne disparaîtra pas en un jour. Elle ne sera pas vaincue par un seul discours, une seule loi ou une seule institution.

Cependant, nous pouvons la surmonter progressivement, si nous faisons de l’intégrité une valeur cardinale pour toutes nos actions.

La corruption sera vaincue :

  • si chaque responsable public refuse le cadeau, la commission ou tout avantage indû ;
  • si chaque agent de l’administration traite chaque citoyen avec équité, sans exiger ni accepter de paiement illicite ;
  •  si chaque opérateur économique renonce à la tentation de « faciliter » un marché par des pratiques illégales ;
  •  si chaque citoyen dit non au pot-de-vin, refuse de cautionner le détournement des biens publics et dénonce les abus.
  • si chaque média et la société civile doivent continuer à informer, à enquêter, à alerter, dans le respect de l’éthique et de la vérité.

La corruption prospère dans le silence, la peur et la résignation. Elle recule lorsque les citoyens s’informent, s’indignent et s’engagent.

En ce 9 décembre, Journée internationale de lutte contre la corruption, je souhaite que nous prenions tous, individuellement et collectivement, un engagement clair :

Soutenir sans réserve toutes les initiatives visant à promouvoir la transparence, la redevabilité et la bonne gouvernance.

Au demeurant, nous exprimons notre profonde gratitude au Maréchal, Président de la République, Chef de l’État, pour son leadership et son engagement constant dans la lutte contre ce fléau, qui entrave le progrès social de notre beau et géant pays.

Je tiens à féliciter et encourager toute l’équipe de l’AILC, qui, malgré les pressions, les tentations et les menaces, œuvre avec abnégation, indépendance et professionnalisme pour assainir la gestion des ressources publiques.

Le Tchad se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire. Et c’est avec sa jeunesse – éclairée, déterminée, courageuse – que nous devons ouvrir un nouveau chapitre : celui de l’intégrité, de la justice, de la transparence et de la performance publique. La corruption n’est pas une fatalité. L’intégrité est un choix. Ce choix, nous devons le faire ensemble, aujourd’hui pour bâtir un État plus juste, une administration plus exemplaire, une société plus confiante en son avenir.

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