Béatrice Tamba ne se contente pas de chanter. Elle insuffle une âme, une fierté, une mémoire vivante. À chaque assemblée générale de la section provinciale de N’Djaména du Syndicat des Enseignants du Tchad (SET), le silence se fait dès qu’elle se lève. Puis sa voix s’élève, claire et vibrante, pour entonner l’hymne des enseignants tchadiens. « L’enseignant a tout donné jusqu’au fond de son savoir. Tel est ministre, c’est le fruit de l’enseignant. Tel est sénateur, c’est le fruit de l’enseignant. Tel est médiateur, c’est le fruit de l’enseignant».

Dans la salle, les regards changent. Les épaules se redressent. Certains ont la chair de poule. Car derrière ces mots, il y a des années de craie, de tableaux effacés, de copies corrigées à la lueur d’une lampe, de patience offerte à des générations entières.
La voix mélodieuse de Béatrice Tamba donne le ton, un ton à la fois grave et porteur d’espérance. Elle chante au moment où la profession traverse une zone de turbulence : en pleine négociation pour la revalorisation du métier, après deux semaines de grève qui ont conduit à la suspension des salaires de tous les enseignants de la capitale.
Mais son chant n’est ni plainte ni résignation. Il est un rappel. Un rappel que derrière chaque ministre, chaque sénateur, chaque médiateur, se tient un enseignant. Un rappel que l’avenir d’une Nation se construit d’abord dans une salle de classe.
À N’Djaména, lorsque Béatrice Tamba entonne l’hymne, ce n’est pas seulement une chanson. C’est une déclaration de dignité. C’est une revendication portée par la musique. C’est la voix d’une profession qui refuse l’oubli et réclame la reconnaissance à la hauteur de son sacrifice.