Éducation

Abdelkader Djibia : « Pourquoi couper le salaire des enseignants, alors que d’autres grévistes n’ont pas été sanctionnés ? »

Le responsable syndical des enseignants de N’Djaména dénonce la suspension des salaires des grévistes, qu’il qualifie de mesure injuste et discriminatoire. Il appelle au dialogue, rejette toute accusation de politisation du mouvement et exhorte le président de la République à s’impliquer pour trouver une issue rapide à la crise et permettre la reprise des cours.

Vous dénoncez la décision de suspendre les salaires des enseignants grévistes. Pourquoi cette mesure vous choque-t-elle autant ?

Nous avons été profondément surpris. Les médecins ont été en grève pendant deux mois, et personne ne leur a coupé le salaire. Les magistrats sont en grève depuis plus d’un mois, leurs salaires n’ont pas été suspendus. Les agents de l’élevage ont observé plus de deux mois de grève, sans retenue sur salaire. Mais lorsqu’il s’agit des enseignants, on décide brusquement de couper les salaires, en particulier à N’Djamena. Pourquoi cette différence de traitement ?

Le gouvernement évoque le respect des textes sur les jours non prestés. Que répondez-vous ?

La Constitution reconnaît le droit de grève. On ne peut pas affirmer que la grève est légale et, dans le même temps, exercer une pression en suspendant les salaires. Ce que nous revendiquons concerne des primes prévues par le décret 2850 : primes de logement, de responsabilité, de risque. Ce sont des droits liés à notre statut, pas des revendications politiques.

Comment les enseignants vivent-ils cette situation ?

Nous sommes en plein mois de Ramadan et de Carême. Beaucoup d’enseignants vivent en location. Apprendre, à la fin du mois, qu’il n’y aura pas de salaire est un choc. Mais nous tiendrons bon. Même si nous devons nous contenter d’un seul repas par jour, même s’il faut s’arranger avec peu, la faim ne nous fera pas renoncer à notre dignité.

Certains accusent votre mouvement d’être politisé.

C’est faux. Nous sommes un syndicat, nous défendons des droits professionnels. Coller des étiquettes ne résout rien. Le mieux serait de dialoguer et de chercher des solutions concrètes, plutôt que de multiplier les pressions.

Quel message adressez-vous aux autorités ?

Nous demandons au président de la République de s’impliquer directement. Il a promis de valoriser l’éducation nationale. Améliorer les conditions des enseignants, c’est aller dans ce sens. Nous voulons que nos enfants reprennent rapidement le chemin de l’école, mais cela passe par un dialogue sincère et des décisions justes.

Entretien réalisé par nos confrères de N’Djaména Actu

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